Bien léchée.

Comme tous les soirs, a 8:00, Louise va se coucher. Comme tous les soirs, elle plonge son dentier dans le liquide qui va bien…

Comme tous les soirs, a 8:00, Louise va se coucher. Comme tous les soirs, elle plonge son dentier dans le liquide qui va bien.
Elle ne se lave pas les dents, forcement. Elle se regarde dans le miroir, se trouve trop vieille, forcement.

Veuve depuis maintenant plus de 15 ans, elle se dit bien trop souvent qu’elle n’attend que la fin. Elle n’a plus rien à faire dans ce monde, plus rien à apporter ni à prendre. Sa vie ne fut pas particulièrement exceptionnel, rien de spécialement excitant. Une vie ordinaire, qu’elle revivrait de la même manière si il le fallait. Sa vie, son histoire, son identité.

Heureusement qu’il y a Jasmin.
Jasmin, son plus fidèle compagnon. Le poil court, 40 cm de haut, le regard vif. Jasmin l’avait accompagné depuis la mort de son mari, et avait été une quasi-raison de vivre. Particulièrement intelligent, toujours aux aguets, surveillant la maison. Louise en avait même perdu l’habitude de fermer la porte a clés, car elle savait que si quoi que ce soit de suspect devait se passer, Jasmin la préviendrait. Si par hasard, la nuit, elle entendait un bruit qui lui paraissait anormal, elle cherchait à atteindre le sol des doigts, et les coups de langues du chien lui indiquaient que la maison était sur.

Dans sa grande maison vide, aux couloirs venteux et froids, Louise est en sécurité. Parce que Jasmin, 40 cm de haut, veille sur elle. Oh, pas que dans sa demeure de bout de sentier, perdu dans les bois, qui que ce soit puisse venir l’ennuyer, mais vous savez comment c’est, par les temps qui courent, il vaut mieux être prudent, on ne sait jamais, avec tous ces jeunes…

Louise, la peau blanche fine et flétrie des grands-mères, se dévêt de sa blouse a fleurs bleues et violettes, et enfile sa chemise de nuit qui semble être centenaire. Comme tous les soirs, un regard et un murmure en direction de la photo de son Jacques, qui ne dormira pas à ses cotes ce soir non plus.
Louise s’enfonce dans son matelas mou, remonte les multiples épaisseurs de draps et couvertures, et ferme les yeux.

Elle patiente deux minutes, et entend Jasmin qui la rejoint, dans son panier à coté du lit. Elle peut commencer à dormir. Il est 8:00 passé de quelques minutes, et elle se lèvera demain très certainement vers 5:00, avec le soleil.

Quelques heures après qu’elle se soit endormi, un bruit qui vient d’en bas. Le sommeil léger, Louise est réveillée. Elle tend le bras, comme à son habitude. Les rassurants coups de langues sont la, elle peut se rendormir. Elle essaie de se forcer à rester éveillé quelques minutes de plus, au cas ou, on ne sait jamais. Mais elle est bien trop rassurée pour ça, et passe de la semi torpeur qu’avait provoqué le bruit au sommeil en quelques dizaines de secondes a peine.


Le soleil n’en peu plus d’être timide et se dévoile enfin complètement. Louise ouvre les yeux. Il est environ 5:00. Elle cherche de la main le signe que tout va bien.
Son cœur se fait plus rapide quand elle ne sent pas les coups de langues.
Elle décide que Jasmin doit être en chasse des souris de la maison. Bien matinale comme chasse tout de même.
Louise se lève, enfile sa robe de chambre (rose avec des fleurs bleues), chausse ses pantoufles, et se dirige vers la salle de bain.

Elle passe a peine la porte qu’elle s’arrête net. Le sol, les murs sont maculés de sang. Celui de Jasmin, pendu inerte, à hauteur de regard, au porte serviette. Transpercée d’un porte manteau, les globes oculaires arrachés.
Ecrites du sang de Jasmin sur le miroir de la salle de bain, cette phrase : « Satan aussi peu lécher »

9 thoughts on “Bien léchée.”


  1. He, le liquide ! ça va bien ? oui ?
    bon, c’est le liquide qui va bien.

    Est-ce qu’on doit deviner ce qui est arrivé à Jasmin ?

  2. Quelle violence !!!
    Le pauvre Jasmin… Il avait l’air sympa.

    Bien écrit. Propre. Rien à redire.

    ps: Louise ou Jeanne?

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