Débadidé

Esclave de l'academyBazooka, budget, canif, toast, match, punch et biens d’autres sont des mots français qui viennent de l’anglais.
Espiègle, képi, trinquer et obus viennent de l’allemand
Boussole, opéra, page et soldat viennent de l’italien
Chocolat, cigare, bizarre, banane et moustique viennent de l’espagnol.

Boulanger vient du picard
Marché vient du normand
Bizou et baragouin du breton

La langue Française est une langue VIVANTE qui s’est construite au temps et a l’usage, inspirée par les va-et-vient de population, et la nécessité de s’adapter aux temps qui changent.

Ce genre de chose me fait penser à un groupe de vieux bonhommes poussiéreux qui pensent savoir mieux que tout le monde comment dire « chat » en « vrai » français. Je suis sur qu’ils ne savent même pas ce que c’est Caramail.

Appréciez le tapage sur le ventre concernant « software » qui a été remplacé par « logiciel ».

“Bolidage”? Seriously?

Quotidien pour tous

Je suis maintenant, de plein pied, dans ma 7eme année de marche: Tous les matins, et tous les soirs, je marche entre la gare routière de la ville de New York, Port Authority, et mon lieu de travail. Celui ci a changé plusieurs fois dans le passé, mais approximativement, je marche 3 km tous les jours. 1.5km dans un sens, 1.5 km dans l’autre. 4320 kilomètres de marche dans New York en 6 ans, qu’il pleuve, neige ou vente.

En 4320 kilomètres, dans les rue de New York, on en voit, des choses. Je ne pourrais décrire qu’avec peu de précision les lieux et bâtiments que je croise tous les matins. Je ne regarde plus les néons de Times Square: Quand je marche dans la rue, ce que je regarde, ce sont les gens. Ils sont eux-mêmes sur le chemin du travail, ils sont déjà au travail, ou encore pour certains plus malchanceux, ils sont à la fois sur leur lieu de travail, et à la maison. Ils ont pour point commun de se trouver dans la rue. A mesure que j’avance vers ma destination, les visages défilent les uns après les autres. Les postures sont différentes. Les démarches sont différentes. Les expressions sont différentes. Certains se rasent de prêt, d’autres semblent n’être jamais vraiment rasés de prêt. Le front volontaire et la marche assurée pour l’un, le pas hésitant et la mine triste pour l’autre. Alors que je croise ces gens, parfois, une odeur se fait sentir. Celle du clochard: rance, agressive, peu plaisante. Celle de la jolie femme: fruitée, légère, plaisante. Celle de la femme laide: fruitée, légère, non-plaisante. Cas curieux de la vision prenant l’avantage sur l’odorat, et le cerveau ne sait plus faire le trie. Costume UPS, costume Fedex, costume McDo, Police ou “Times Square cleaning team ». Costume costume deux pièces. Allure de la semaine. Peu sont ceux qui, durant ces 5 journées hebdomadaires, s’habillent comme ils le souhaiteraient. Comme si cette apparence empruntée faisait d’eux des hommes et des femmes meilleurs et plus aptes. Dress for Success. Dress for UPS.

La régularité: Croiser les mêmes personnes aux mêmes coins de rues tous les jours ou presque. Bien sur, ce bout de femme, indienne d’Inde, qui vend sa pile de journaux à l’angle de la 7eme et de la 47eme. Elle connait les préférences de ses clients : quand ils s’approchent elle a déjà en main leur sélection de quotidien. L’interaction n’en est que plus brève, mais, soi-disant, de meilleure qualité. Au même coin de rue, le distributeur de flyers à moustache, toujours précisément posté. Ces distributeurs de papier, payant pour l’une, gratuit pour l’autre, ont toujours été la, autant que je sache. Tous les matins je pense : « Rah, vraiment, 6 ans à distribuer des flyers pour le coiffeur du coin … » … mais la vérité, c’est que s’ils venaient à disparaitre, je ne m’en rendrais surement pas compte. Il y a aussi cet homme de peu d’allure qui, sur la 47eme rue lui aussi, devant les studios de je ne sais quelle chaine de télévision, sert parfois la main à des hommes en costumes. Peut-être est-il un ancien executive qui a perdu la tête. Il semble les connaitre et recouvrer une certaine fierté, une certaine dignité dans ce geste pourtant simple.

Ces visages plus ou moins lumineux, ces vies anonymes maintes fois croisées forment collectivement la singularité de New York City. Les vapeurs qui s’échappent des bouches d’égout sont comme une preuve du trop plein d’énergie de la ville. New York est un assemblage incohérent et vétuste de bâtiments, d’infrastructures de communication et de moyens de déplacement. Un chaos organisé. Autre assemblage incohérent qui participe a la valeur et l’attrait de la ville : ses habitants et leurs cultures. On croirait que la variété, la granularité des hommes et femmes qui y vivent leur permet, collectivement, de rentrer dans le moule complexe que la ville leur offre. Vivre dans cette ville, c’est comme jouer à la roulette, tout sur double-zéro. Ceux qui y réussissent vont très haut, ceux qui ont mis et remis de l’argent sur la table tombent très bas. Il faut de tout pour faire un New York. Ils disent que toutes les nationalités sont représentées à New York. En voyageant sur la ligne F du métro depuis Brooklyn vers Manhattan puis vers le Queens, on sait qu’ils ont raison.

On pourrait penser que je ne prête attention qu’aux gens de la rue, mais le fait est qu’ils se distinguent du reste. Les voyageurs en costumes qui sortent du métro se ressemblent tous : propres, heureux (Au moins en apparence), ils ne sont pas remarquables. L’homme de la rue, lui, porte sur son visage l’histoire d’une vie. Il a vieillit plus rapidement, plus durement. Ses traits sont marqués. Le trader du 23eme étage du Rockefeller Center à la peau trop lisse pour laisser transparaitre qui il est, vraiment. La directrice marketing qui achète sont jus d’orange pressé est bien moins intéressante que la clocharde qui paye sa bouteille de coca-cola en pièces de 5 cents. Et puis, la nature humaine nous pousse naturellement à nous intéresser plus aux malheurs des autres qu’à leurs bonheurs : voyeurisme rassurant dont les medias savent jouer, leur produit d’appel étant par défaut la catastrophe ou la tragédie.

4320 km, quelques milliers de jours rythmées par ces marches quotidiennes. New York, capital du capitalisme, célébration de l’individualisme, et le contraste qu’il induit. Financièrement, la misère pour les uns, la richesse pour les autres. Culturellement, la richesse pour tous. Les New Yorkais, qui détestent leur voisin mais aiment les New Yorkais, sont tous dans la même galère à essayer de faire mieux que les autres. Je marche, en rythme, avec eux. La mimique est plus simple.