Les costards, les jeans, et moi le vieux con.

Hier soir, j’ai testé pour vous, les French AfterWorks.

Mon ami Julien est de passage en ce moment. Voulant lui montrer ce qu’était ma vie à New York, je l’ai emmené au French AfterWorks. Enfin, ma femme avait proposé que nous allions là bas et je dois dire que bien que content de sortir, j’appréhendais un peu la chose. Et puis ca n’est pas vraiment ma vie à New York, les French Tuesdays, French AfterWorks et autre soirées à la con.

Celle-ci se déroulait au Gramercy Park Hotel. Nous y sommes arrivés très en avance, et il faut bien dire que l’endroit, vide, était particulièrement sympathique. Bien mieux que l’horrible mad46, ou le sans caractère 230 5th.

La décoration et le mobilier y sont bien choisis. La végétation, des plantes en pots, est suffisamment dense pour donner l’impression d’être dans un jardin cosy plutôt que sur un toit géant et plat. Le personnel était ce soir là plutôt agréable, ce qui va à l’encontre de ma théorie selon laquelle plus l’addition est chere, plus mauvais le service est (au mad46 susnommé, qui soit dit en passant est moche, vieux et poussiéreux, je suspecte les serveuses d’être équipées, derrière le bar, de petites poupées vaudous à l’image de leurs clients, et de leur jeter des sorts).

Puisque nous étions en avance, nous nous sommes vus proposés de commander des verres par la charmante serveuse. Le verre le moins cher coutait $19. Ayant maintenant passé l’âge de payer 500 balles pour une tournée d’olives baignant dans du Schweppes aromatisé et de la vodka de troisième classe, je déclinais l’offre de commander des verres. Je signifiais à la serveuse que nous attendrions le début de la soirée Afterworks pour commander (Je suppose que certains penserons que je ferais mieux d’habiter ailleurs que NYC si $19 par verre me posent problème. Well, F*ck you.).

Les sièges étaient confortables et face à l’entrée. La conversation menait bon train quand ils firent leur grande entrée: Les trous-du-culs de NYC s’étaient tous donnés rendez-vous au Gramercy ce soir là.

Il y a deux types de trous de balle : Les jeans et les costards.

Les premiers, la chemise cintrée, le jean de designer, les chaussures dont on ne peut dire si elles font « habillées » ou si ce sont des santiags de cowboy. Ils portent des Ray-Bans criardes et ont le poil soigneusement taillé en pointe, ou toute autre coiffure à la con qu’on trouve dans les magazines de mode. Ils sont fraichement bronzés aux UV à $29 les 10 minutes, ou bronzés de leur dernier voyage à Miami, leur (unique) destination de choix. Ils arrivent par groupe de 2 ou 3, semblent être les maitres du monde du beau. Ils sortent sur la terrasse, regardent autour d’eux sans vraiment regarder les gens, mais plutôt leur apparence, et dans un accent français des plus parfait, demandent à la serveuse qui passe par la ou se trouvent les « franch aftairweurk ». Ils ne se rendent pas compte qu’ils y sont déjà. Bravo champion.

La seconde catégorie, les costards. Eux sont généralement un tout petit peu plus vieux, mais pas toujours. Ils font leur entrée d’une manière un peu plus assurée encore, maitres du monde de l’argent. De chez Boss ou Versace (ou de chez Jules Made in France si ce sont de petits stagiaires sans le sou), leurs costumes brillent dans le noir. Quelques boutons de chemise sont défaits, parce qu’après tout, ils viennent de passer une dure journée au boulot. Leurs chaussures claquent sur le sol en bois, ils se dirigent vers le bar. D’un geste standard et maitrisé, certains déchaussent leur Ray-Bans (ou leur imitation Tati), les plient et les logent dans la poche avant de costume. Certains autres effectuent l’opération inverse. Tout cela en marchant mesdames et messieurs ! J’y vois la un signe que c’est le mouvement lui-même qui est un accessoire, une attitude calculée et désirée – Le soleil ne tape pas particulièrement fort, et de toute façon, en plein New York, à cette heure de la journée, il ne passe pas au dessus des gratte-ciels. La Ray-Ban n’est qu’un accessoire matériel à l’accessoire gestuel. Ils sortent leur iphone et appellent une connaissance. Ils ne vont quand même pas se mettre à chercher leurs amis dans l’endroit, enfin voyons – Question d’attitude : Je pousse peut-être, mais est-ce qu’il ne s’agit pas d’annoncer son arrivé plutôt que d’aller vers les autres en les cherchant? Notez qu’ils sortent le plus souvent un iphone plutôt qu’un blackberry : Ils se la donnent young professional de ouf guedin avec un super job dans la faillenance, mais n’ont pas de BB pour appuyer l’image qu’ils tentent de projeter avec tant de force. Erreur d’accessoirisassions if you ask me. Moi j’ai un BB. Dans mon sac. Et un iPhone. Dans mes mains. Shit.

Point commun entre les cons à costards et les cons à costume : Leur anus, tellement distendu qu’ils ne se sentent plus péter. Ils ont était embauchés par la SG, la BNP ou Air France en stage ou en VIE. Leur cercle amical est constitué essentiellement d’autre français en costumes ou en jean qui bien souvent travaillent pour le même employeur. Ils restent entre eux et interagissent très peu avec la population locale. « -New York, un point de convergence ethnique et culturel exceptionnel? C’est clair ptain mais c’est trop vrai. Bon tu fais quoi ce soir ? Je pensais Pastis-Express-Marquee avec Jean-Edouard et Pascal-Michelle ».

Les branleurs à jean et les branleurs à costard viennent au French Afterworks, « Après le travail », alors que vraiment, ils semblent tous avoir pris une demi-journée de congés pour s’étaler des couches de gel pour cheveux sur la tête, et parfaire leur bronzage UV. Ils sont chétifs, on a peur de les toucher et de les casser en deux. Poupées de porcelaine propres sur elles et pas vraiment adaptées à la vraie vie New Yorkaise : La poussiéreuse, dure, violente. Celle ou il faut se battre pour survivre en logeant dans un quart de salon à Harlem. Celle dont l’inouïe étendue culturelle des rencontres se mérite. Je ne fais pas partie de ceux qui ont trois travails et se battent vraiment pour rester ici, mais j’aime cette comparaison entre le New York de certains et celui des autres. New York est une ville qui offre tout cela à la fois.

Fait étrange, le costume et le jean ne se mélangent pas : Rarement verra-t-on un trou du cul en jean parler à un trou du cul en costume. Peut-être en fin de soirée, mais nous ne sommes pas restés assez longtemps pour le constater. La ou nous voyons deux trous-du-cul habillés différemment, peut-être ceux-ci y voient-ils plus de complexité : Certains détails qui ont à voir avec le type de chemise ou de jean qu’ils portent, ou la largeur des rayures de leurs costumes, leur permettent de faire des distinctions précises, des sous-groupes de trous-du-cul. A l’œil humain, tous les chimpanzés se ressemblent.

La gente féminine qui se présente face à nous vaut elle aussi le détour. Il y a plus de variations que chez les bambinos évoquées plus haut. Je suppose que je ne suis pas très objectif en la matière (=plus sensibles à leurs charmes), mais elles sont moins énervantes que les hommes après lesquelles elles courent. Deux catégories principales tout de même : Les françaises et les américaines. Ces dernières sont là pour trouver un banquier richissime, et s’habillent à cet effet. Talons haut, robe courte, etc. Les françaises, qui essayent de les imiter, parce que ca fait très New York style OMG sex and the city, sont souvent trop jeunes pour cela: Elles se tirent sur la robe en permanence, pas très confiantes. Leur maquillage est trop marqué. Leur manque de confiance contraste avec celui des trous-du-cul. Les talons hauts rendent leur pas hésitant, ce que le sol en bois ne pardonne pas. Le claquage de talon de la jeune française n’est pas aussi franc et net que celui de l’américaine trentenaire qui sait très bien ce pourquoi elle est là.

Ce que je vois ici tranche avec les schémas habituels. Sont-ce les effets de la metrosexualisation, de la city-life ou de la personnalité des gens qui viennent vivre à New York qui fait que la balance demandeur/demandé est retournée ? La femme fatale, habituellement en contrôle devient vulnérable, et ce sont les hommes qui ont le pouvoir et les lunettes de soleil. Peut-être un effet d’optique. Ou encore, peut-être le fait que finalement, j’etais entouré de gens essayant de faire comme les grands. L’arrogance, plus facile et maitrisée par les hommes, étant leur arme de choix.

Pendant la soirée, j’en suis venu à envier la proximité des brokers et traders que je rencontre dans les soirées de l’industrie, ou même la crowd du 230 5th. Le malaise que provoquaient en moi ces individus qui puaient l’inintéressants fut également la source de nombreux fou rire. Je passais en fait un bon moment.