Action nocturne

Je marchais dans la rue, par un bel après-midi, avec un groupe d’amis. Nous étions a Hoboken, nous dirigeant vers chez moi. PAK était dans ce groupe. Je lui montrais au détour d’un feu rouge comment je pouvais, en me concentrant très fort, léviter. Je ne tenais pas bien longtemps à quelques centimètres du sol du fait que je ne le faisais plus très souvent. Voyez-vous, il me manquait la pratique régulière et intense de la discipline qui m’aurait permis de ne pas toucher terre pendant un plus long moment.

Bref, après quelques tentatives d’une poignée de secondes chacune, j’arrivais enfin à me hisser à la hauteur des bâtiments de la rue, soit un 20aine de mètres. Je me promenais au dessus de mon groupe d’amis, qui était bien jaloux de ce que je savais faire. Soudainement, mon chemin vint à croiser celui d’un de ces gros bourdons qu’on voit l’été. J’ai juste eu le temps de penser que c’était la première fois que je croisais une telle bestiole en volant quand je la sentais déjà tenter de se frayer un chemin sous mon t-shirt. Je sentais le bourdon cherchant le meilleur spot pour me piquer. Quand ce fut fait, je suppose que mon cerveau a fait une avance rapide direction un autre rêve, ou alors c’est vraiment très très bizarre.

Mon bataillon était aux prises avec un groupe de terroristes geeks au sein d’une maison gigantesque, type maison hantée en bois. Celle-ci avait des tunnels en dessous de tous les sols et c’est ceux-ci que les terroristes avaient utilisés pour décimer mon groupe.

Notre chef (Lieutenant?) nous envoyait un par un ou par groupe de deux nous attaquer aux terroristes, ce qui est certes discutable militairement parlant. Personne ou presque ne revenait vivant. Et au passage, tous perdaient un membre de leur famille dans une situation atroce. La mère de l’un avait été pendue par la peau des fesses à un crochet de boucher.

Quand ce fut mon tour (J’imagine que le rêve n’aurait pas eu beaucoup d’intérêt si je n’en avais pas été le protagoniste principal a un moment ou un autre), je me dirigeai vers le creux béant qui permettait l’accès à l’un de ces tunnels creusés dans la terre battue. Il fallait y ramper. Avant même d’y entrer, j’entendais les terroristes / geeks chuchoter autour de nous, cachés dans leurs tunnels (Il faut croire que la terre battue n’est pas le meilleur des isolants). Je les imaginais me regardant entre deux planches mal ajustées, avec leurs lunettes noires à grosses montures et leur t-shirts Hack-a-day. Ces geeks étaient des geeks cool. Je savais qu’ils maitrisaient la technologie, mais sans pour autant pousser l’aspect boutonneux à lunette de ce type de personnage. En plus de cela ils avaient des convictions qui les poussaient à générer le genre de merdier terroriste dans lequel je me trouvais.

Arrivé dans le tunnel, à quatre pattes, je me retrouvai nez à nez avec l’un d’entre eux, qui m’expliqua que ma petite sœur, Marion, se trouvait enfermée dans une camionnette sur le parking extérieur, avant de se sauver dans le tunnel avec une dérangeante rapidité, tel un rat un peu gras qui descendrait une gouttière en trombe. Qu’est ce qu’elle pouvait bien foutre la ma sœur? Je fis volte-face, courant pour la délivrer, je traversai la maison en trombe, en sortis par une porte sur son flanc. Je fus arrêté dans ma lancée par la vision d’un autre gros geek à lunettes et t-shirt cool qui avait dans ses mains un détonateur façon cartoon : Un gros bouton rouge monté sur un boitier carré. Il se tenait debout, sur le carré d’herbe entre le bâtiment dont je venais de sortir et le parking ou se trouvait la camionnette, que je pouvais maintenant apercevoir.

Je compris de suite que si je faisais un pas de plus il déclencherait l’explosif qui se trouvait dans la camionnette. Plutôt que de me diriger vers celle-ci, logiquement, je fonçai tète baissée vers le bonhomme. Nous lutâmes un moment. Il avait toujours dans ses mains le détonateur quand l’un de ses associés terroriste arriva et nous sépara. Il y eu discussion et nous tombions d’accord sur le fait que j’allais rejoindre mon groupe et que eux allaient rejoindre leur réseau de tunnels.

Fourbe que je suis, au moment ou je leur emboitai le pas, j’agrippai mes mains au menton mal rase et a la nuque grasse du geek numéro un, et lui tournai le cou d’un coup sec. Liquidation agent secret. Il s’effondra, mais se releva en gouaillant et les deux bonshommes se moquèrent franchement de moi et de mon incapacité à tuer un autre à mains nus. Je me sentis très faible et vulnérable à ce moment là. Je rentrai dans la grande demeure en bois, me dirigeant vers mon escouade les épaules bien basses.

Comme par magie, je me retrouve avec deux lettres dans les mains que je dois ouvrir. Il n’y a pas de doute à ce sujet, je dois les ouvrir. Je sens bien la charge explosive, de la forme d’un briquet, à l’intérieur de ces lettres piégées, mais je dois ouvrir les lettres quoi qu’il arrive. Juste les ouvrir. C’est ma mission. Pas d’alternative. Des pleurs de rage me montent à la gorge. J’ouvre la première lettre et la jette aussi loin qu’elle veut bien s’envoler, c’est-à-dire pas bien loin. Je répète la même opération avec la seconde enveloppe. Rien. Pas d’explosion. J’ai déjoué les plans des terroristes geeks. Je me sens fort, empowered. Je continue ma marche vers mon groupe. Sentant un regard dans mon dos. Je me retourne: le gros geek à la nuque solide me sourit. Il est derrière une porte vitres a carreaux sales. Il a dans ses mains le détonateur. Il en presse le bouton. Je cours vers l’extérieur, une course interminable, au ralentie avant que je n’arrive au coin du mur. La camionnette est intacte.

C’est a ce moment la que je me suis réveillé, le cœur palpitant et la nuque humide. Il était l’heure d’aller prendre mon café. La machine à expresso était en train de dispenser le précieux liquide qui me sortirait de la torpeur latente que j’avais ramené avec moi sur mon chemin vers la réalité, et je me disais, vraiment, qu’il fallait que je mette ça dans un blog. Donc voici.

Bonne nouvelle

Travaillant pour un Hedge Fund, étant donné la crise financière actuelle, je ne peux que craindre pour mon bonus de fin d’année, mon augmentation et même pour mon job. Je pense que s’il fallait dégraisser mon équipe, je serais le premier à partir. J’en suis le plus récent ajout (1 an bientôt, le turnover est ridicule dans cette société, ce qui est un bon point. Dans d’autres banques ou j’ai travaillé, 1 an dans une équipe de support trading est long. La pression et le marché de l’emploi dans le secteur sont ainsi).

Bref, j’ai passé les quelques derniers mois à me soucier de l’avenir de l’industrie dans laquelle je travaille, mais j’ai appris deux bonnes nouvelles la semaine dernière :

  1. Mon chef fait passer des entretiens en ce moment. A moins que ca ne soit pour me remplacer, c’est un bon signe. Les entreprises en crise ne recrutent pas.
  2. J’ai entendu dire que les revenus du Hedge Fund sont positifs. C’est une grande nouvelle dans la mesure où des milliards de dollars ont êtes perdus par d’autres fonds plus gros que nous. Ca signifie que nous pouvons prétendre à des bonus cette année. Etant donné les dinosaures avec lesquelles je travaille (Des gens très doués qui font des choses pas forcement intéressante), je pense que ceux-ci sont plutôt bon (Sinon, pourquoi resteraient-ils ?).

Cette année sera la première où je toucherai un bonus basé sur ma performance. Pour les 3 années précédentes, ceux-ci ont été garanties ou versés au moment de mon embauche (Par exemple, j’ai demandé à ma boite actuelle de me payer le bonus sur lequel je faisais une croix en quittant la banque dans laquelle je travaillais précédemment)

Je ne sais pas encore quand les bonus sont annoncés, stay tuned !

Tylenol High

Apres quelques heures passées à une table de poker du Taj Mahal d’Atlantic City, ma vessie se faisait trop criarde pour que je puisse l’ignorer encore bien longtemps. Déclarant à la table que je couchais ma main, j’en pris congé et me dirigea vers les toilettes les plus proches. Dans les casinos, ceux-ci sont toujours très propres. C’est appréciable. Je suis prêt à parier que la surface des jetons de casino avec lesquels nous jouons au poker contient plus de microbes que les rondelles de plastiques des toilettes. Le double lavage de main est donc de rigueur : Avant et après avoir fait usage des lieux.

C’est lors de ce deuxième lavage de main qu’un homme sans âge, la barbe longue, grisonnante et mal taillée, me demanda si j’avais du Tylenol (Antidouleur a base d’Ibuprofène). Je ne pense pas qu’il s’agissait d’un clochard, mais vraisemblablement, l’individu n’avait pas besoin d’appartement : Il semblait appartenir à cette catégorie de gens (hommes le plus souvent) qui passent leur vie au casino. Les plus pauvres y mendient pour mieux perdre de l’argent à des jeux de hasard, d’autre y jouent leur cheque de pension ou leur salaire. Certains protègent farouchement leur $30 sur des tables de poker ou tout le monde a $300 au moins, la plupart préfèrent appuyer inlassablement sur les boutons des bandits-manchots qui constituent la mer de machine à sous du premier étage du casino. Rendus hagards par l’absence de repaire temporel savamment orchestré par les casinos, ils arborent la même mine, qu’il soit 1h ou 11h du matin. Ils finissent tous par sortir de l’endroit sans le sous, la mine triste. Ils seront venus là acheter les quelques secondes de bonheur de l’unique pressage de bouton qui leur aura été favorable avant de tout reperdre.

– Do you have back pain, neck pain? – C’est le reflet de l’homme dans la glace qui s’adresse à moi.
– Excuse me?
– Do you have back pain?
– Hmmm no why that?
– Well Tylenol’s good for back pain. You got some?
– No I don’t sorry.
– Oh too bad cause you know, one pill and you go wooo
– Oh yeah, you like that?
– Yeah dude, one pill and you feel goooood. You got some?

Ainsi se déroula ma conversation avec cet habitant des toilettes. Sortant du lieu, je croisai un autre pressé de la vessie. Quelque chose me disait qu’il allait lui aussi en apprendre un peu sur les effets du Tylenol.

Pressant le pas afin de rejoindre au plus vite la table ou mes jetons m’attendaient (En toute sécurité: Les croupiers surveillent toujours les jetons d’un œil.), je fus malheureusement abordé par un homme d’une trentaine d’année, convenablement habillé, propre, qui m’expliqua avoir raté le dernier bus du soir et avoir à racheter un nouveau billet pour le lendemain matin. Le billet était à $28, et il n’avait que $5 sur lui.

– Please sir I need your help
– OK here are two dollars
– Je les lui donnai plus pour me débarrasser de lui que pour l’aider
– Sir, do you have more?
– No I just gave you 2 that’s enough
– Thanks … I guess

Contrôlant sans trop de mal mon envie de lui reprendre mes deux dollars, je retournai à la table, me rasseyant à coté d’énergumènes quand même plus accueillant face à qui, malgré leur forte volonté de me prendre mon argent, je pouvais me défendre (et leur prendre leur argent). Il n’était pas loin de 4h du matin, et quelques-uns des joueurs les plus particuliers étaient :

  • The young pro: Tout juste la vingtaine, extrêmement agressif. Il souhaite très surement faire carrière dans le poker et arbore une tenue parfaitement calculée: Lunettes de soleil, bonnet, grosse veste de jogging remontant haut le long du cou, écouteurs surdimensionnés (Ils étaient vraiment ENORMES et lui couvraient largement les oreilles.). Il manquait souvent son tour parce qu’il n’entendait rien, et quand il a enlevé lunettes et bonnet, il avait une tête de Justin Timberlake, tout gentil et inoffensif
  • The old pro: Ils étaient en fait deux. Ils se connaissent, connaissent les dealers, disent bonjour à tout le monde. Ils jouent plutôt bien, sont agressifs quand il faut. La plupart du temps, ils dominent la table, mais en fait, leur gain hebdomadaire moyen est relativement faible et très volatile.
  • The old amateur: J’avais déjà joué avec cette personne il y a quelques mois. 55 ans, de grosses lunettes d’informaticien, les ongles noirs du travailleur manuel, et le t-shirt légèrement taché. Pas franchement dégoutant, mais il sentait quand même un peu la transpiration. Il jouait environ 2 mains par heure – Personne ne lui contestait vraiment les pots.
  • The vacationer: Il était clairement la en vacance. Comme moi en sommes. Il savait ce qu’il faisait en termes de poker, et parlait facilement au reste de la table. Il a eu le malheur d’obtenir une paire de Roi contre ma paire d’As. Mes $200 se sont transformés en $400.

Sur les coups de 4h30, ayant eu ma dose de poker, je remontai me coucher. Le lendemain, à 10h30, les vieux pros étaient dans la salle. Impossible de deviner s’ils avaient passé la nuit là ou s’ils avaient fait un aller-retour à la maison entre temps.