mots

Comme tous les matins depuis que tu n’es plus la je me regarde dans la glace. Pas brillant. Rien qui donne envie de s’aimer soit même. Je pense à la journée de merde qui m’attend, mon boulot que je déteste, mes collègues cons.

Comme tous les matins je me dis un instant qu’il faut que je me reprenne, qu’il y a plus de bonnes choses dans le futur que dans le passé. Sinon ça servirait à quoi de vivre ?

A rien.

Tu es partie. A jamais. Tu pourras plus revenir.

Alors je prends mon rasoir. J’entreprends d’étaler la crème sur mon visage. Elle brûle. Et comme tous les matins je vais arriver au bureau avec la peau du visage rougie parce que la crème est restée trop longtemps.

Comme tous les matins je bloque. La crème sur le visage, le rasoir dans une main, et un poignet au commencement de l’autre.

Y parait que ça fait pas mal. Juste tu dors. Et c’est fini. Comme tous les matins je vais pas avoir les couilles de le faire. Alors je vais me dire que je suis con, que je devrais plutôt apprécier la journée qui m’attend. Je remballe tout et je suis content.

Comme tous les jours je passe dix minutes le matin à me demander pourquoi. Pourquoi tout seul. Sans toi. Pourquoi toi ?

Et puis tout va bien d’un coup. Parce que je parviens à me cacher à moi-même ce manque. Parce que dans la journée je ne pense plus à tout ça. Le soir non plus.

Mais le matin. La c’est une autre histoire. Faut se raser. Et se retenir. Mais c’est pas dur de se retenir quand tu refuse d’affronter la réalité, le mal-être. Un jour faudra que je l’affronte pour de vrais. Je sais pas qui va gagner

Ca fait 6 ans que je fuis, c’est assez.

Sister Hazel – We’ll Find It

J’ai commence le boulot!

Putain c’est quand meme la classe NY. Bon, ca reste une societe francaise, mais alors les bureaux c’est pas d’la rigolade. P’tain j’vous jure, ya une machine a cafe gratuite et a volonte.

Non ca se passe bien, sauf que je suis un peu creve. Et qu’il fait froid…

Avant, je me disais que le froid, finalement, c’etait mieux que le chaud. Ou en tout cas, trop froid c’est mieux que trop chaud. C’est vrai, quand t’as froid, tu peux toujours te couvrir un peu plus et faire repartir la machine. Quand t’as chaud t’es pas dans la merde…Parce que une fois que t’es a poil, bah t’es a poil.

Mais mon opinion sur le sujet a changee depuis que je suis aux US. Pour deux raisons.

La premiere, au pays des climatisations, l’ete n’est plus si chaud que ca. Enfin sauf quand tu sors dehors, bien sur.

Ensuite, la deuxieme et plus recente de ces raisons: Je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie. Je sais pas combien de degres ca nous a fait, mais c’est alle allegrement en dessous des deux dizaines de degres negatifs.

En comptant que en ete il fait parfois 40, je vous raconte pas l’amplitude de dingue.

En resume, sortir du boulot avec le froid, le vent, la neige et le trotoir qui glisse, marche sur une dizaine de blocks, c’est vraiment une souffrance. Physique, mais aussi intellectuelle. Parce que c’est frustrant de ne pas pouvoir marcher plus vite, de peur de tomber.

Enfin ca durera pas longtemps. Et puis c’est pas pour moi (pour nous) que c’est le plus chiant.

Non, le mec pour lequel c’est plus chiant c’est celui devant lequel je passe a 8h50 exactement tous les matin. Lui il doit etre en galere. Tous les matin, quand je passe a 8h50, je le vois, devant l’entree principale du magasin de musique Sam Ash. En train de ranger sa maison: Un carton de tele Panasonic. 28 pouces. Tout ce qu’on a bien voulu lui donner pour s’abriter. Il range sa maison dans un gros caddie plein de sachets plastiques eux-memes plein de sachets plastiques. Il n’est pas la le soir quand je rentre. Mais je sais que, sauf malheur, je le retrouverais le lendemain matin. Et personne ne le regardera, comme d’habitude.

Finalement, peut etre qu’il y a un semblant d’ordre dans la (ma?) vie. C’est dingue comme les choses sont bien ranges et a leur place. Tous les matins je vois les memes personnes. Je pars a deux minutes pres tous les jours a la meme heure de chez moi, et une demie-douzaine de personne arrive systematiquement en meme temps que moi a la station de bus. Je pense qu’ils m’espionnent. Ca m’etonnerait pas que le patron, a la SocGen, il ai demande au FBI de faire un rapport sur moi. Ils me surveillent et notent tout ce que je fais. Putain je savais bien que j’aurais pas du prendre une deuxieme part de pizza hier a la cafet!